Premier Livre..."UN REGARD d'EAU CLAIRE "

     

Timbre offert par Josya

http://perso.wanadoo.fr/lerefugedejosya/

  

que je remercie

Extrait de 'Le Temps Ecoute' de J.Chanteplume

'Un Regard d’Eau Claire'

Comme tous les jours Aliette descend quatre à quatre les marches du vieil hôtel particulier transformé en résidence et où « elle perche » sous les toits .Clic clac font les talons pointus sur les marches de pierres usées .

« Bonjour madame Octavie » lance t’elle souriante à la concierge ronchon qui balaie paresseusement les dalles de la cour intérieure de l’immeuble qui n’a plus d’hôtel particulier que le nom .

« Bien l’bonjour mam’zelle Aliette » répond la mal gracieuse en lorgnant les vêtements de la jeune fille

« Tiens encore «  qu’qu’chose » de nouveau marmonne t’elle .

Fine mouche Aliette ignore la remarque désobligeante ; elle continue son chemin d’un pas vif tout en balançant son panier ,elle va au marché , telle Perrette,mais sans faire de projets !Au coin de la rue un coup de vent taquin soulève et s’enroule dans la jupe de la jeune fille , le soleil en rit de plaisir .

La boutique du peintre où plutôt du Marchand de Couleurs est ouverte sur un déballage de bleu , de vert épinard , de rose fané un vilain «  jaune pissou » boude derrière un violet éteint .

Aliette croise madame Béloix qui va à son rendez-vous quotidien chez Régina la coiffeuse ,c’est devenu un rite . Tous les jours même le dimanche Ginette Béloix la bouchère du quartier Saint Paul vient « se faire donner un coup d’peigne »…faut être présentable ma bonne dame , pour « trôner » derrière la caisse de la boucherie la plus cossue du coin !

Aliette n’aime pas la bouchère encore moins son rougeaud de mari qui toujours la calembredaine à la bouche se croit irrésistible…elle feint ne pas le voir en détournant la tête pour ne pas répondre au « bonjour Aliette » doucereux de ce dernier .

« A la Belle Plume » Martin le libraire met en vitrine les derniers livres reçus . Amoureux transi d’Aliette elle est déjà loin quand il répond à son « bonjour » donné en passant.Elle est si vive Aliette qu’elle l’intimide , et perd tous ses moyens quand ils se rencontrent ,pauvre Martin s’il savait que la belle n’attend que ça : qu’il ose lui parler !

Arrivant au marché , elle ralentit le pas , prends le temps de s’attarder devant les étales aux couleurs rutilantes ; les odeurs de toutes sortes s’emmêlent dans le brouhaha des voix fortes ou aiguës et des rires tonitruants propres à tous les marchés du monde grands ou petits .Aliette remplit son panier de cerises rougissantes qu’elle dépose sur le vert d’une laitue pommée à souhait .

Les pommes de terre nouvelles culbutent les carottes croquantes ; les asperges aux pointes mauve font les coquettes auprés du bouquet de roses que la jeune fille rajoute avec soin dans son panier repu !

Quelques gosses jouent sur la petite Place de La Fontaine avec une boite de conserve vide en guise de ballon , leurs cris et leurs rires fusent sous les platanes . Par la ruelle des Amoureux , Aliette rejoint le bord de la Féline la petite rivière qui chante sous les ombrages . Ce matin il n’y a personne tous sont au marché , même « Nicolaï le pêcheur de lune » et son copain Languillier qui comme son sobriquet l’indique traque avec une patience sans borne les anguilles « les ondulines » ainsi qu’il les appelle qui se plaisent bien dans les eaux de la Féline ,mais ne se laissent guère prendre .

 Assise dans l’herbe pas loin des cygnes , Aliette rêve à « et si » elle aime jouer à l’Attente Amoureuse ,et si Il arrivait,et si Il s’asseyait là tout prés.Un froissement dans la haie la fait sursauter , elle se retourne , il n’y a aucun amoureux,seul un moineau égaré en ce lieu s’envole à tire d’aile.Nous savons bien que les moineaux préfèrent les gouttières et les bords de toit n’est ce pas ? 

La jeune fille aime flâner au bord de la Fèline qui se pavane , s’enroule en méandres paresseux à travers champs , bosquets et jardins . Sans doute se prend t’elle pour une grande Rivière , peut être rêve t’elle aussi , dans ses Mémoires elle traîne des bruissements de sources , des odeurs de terre et de fleurs , des chansons de «  cascadelles » joyeuses , allez donc savoir !

L’Angèlus sonne , « déjà » murmure Aliette . Elle ramasse son panier renversé , se lève à regret dit au revoir aux cygnes ; un martin-pêcheur perché sur une souche la salue d’un battement d’ailes , un court instant il brille comme une pierre précieuse dans les rayons du soleil .Par le même chemin elle rejoint la place de La Fontaine . Au Bar-Tabac-Presse nommé « A la Tienne »par ses habitués , elle entre chercher le Journal du vieil Antonin Pâtiron son voisin le cordonnier du quartier Saint-Paul ; c’est le « coup de midi » , beaucoup de bruit , de va et vient

 « B’jour jolie Aliette » , ça va petite ?V’là la plus belle » chacun la salue de façon bonne enfant !

« Mes hommages Mimi Pinson »susurre Jules Pomeirol le navigateur du dimanche .Les uns et les autres interpellent le patron :

« Ho ! Artus un p’tit blanc »crie l’un ;

 « un crème avec beaucoup d’sucre » renchérit son voisin ;

« Tu nous r’mets ça.Et moi tu m’oublis ? »

Artus s’affaire pour contenter tout le monde , une bouteille d’une main , une tasse de café brûlant dans l’autre , la serviette sur l’épaule il est partout à la fois « au zinc » dans la salle , un mot par ci, un sourire par là il sifflote entre ses dents la dernière rengaine à la mode quand il en a le temps .Aliette patiente , amusée , elle les connaît tous , ils l’ont vu naître c’est l’enfant du quartier Saint-Paul !

En se retournant pour boire la citronnade servi par Artus , face au miroir placé au-dessus du »zinc » elle voit s’y refléter une fillette maigrichonne aux yeux délavés d’une couleur incertaine cernés de mauve . A petits coups rapides elle « tire » sur la paille qui « trempe » dans un verre de grenadine à l’eau que vient de lui donner Artus . L’enfant balance les jambes maigres et nues aux pieds douteux chaussés de sandalettes éculées .

Du regard Aliette enveloppe le cou fragile qui ploie sous une masse bouclée de cheveux bruns mal retenu par un lacet , les bras gracile , les mains aux doigts déliés , la jeune fille le voit en un instant . La petite est accompagnée par un couple miteux…l’étrange enfant n’a rien de commun avec eux , que fait elle en leur compagnie ? se demande Aliette !

« Allez viens t’en » glapit la femme d’une voix aigre en l’obligeant à se lever tandis que son homme roule une cigarette de gris , en lèche le papier en faisant des »vlp , vlp » répétés avant de se la planter au coin de sa bouche mince pour l’allumer à la flamme d’un vieux briquet qu’il tire de la poche déchirée de son paletot crasseux .

A cet instant levant les yeux Aliette capte la grâce indéniable du visage de l’enfant dans le miroir , en est bouleversée , vivement elle se retourne vers celle-ci qui se trouve à deux pas :

« Petite , comment t’appelles-tu ? »

« Qu’ça peut vous faire » réponds l’homme en poussant cette dernière d’une bourrade qui la fait trébucher .

La jeune fille un bref instant retient le corps menu contre elle tout en se penchant vers la petite , elle et est éblouie par un regard d’eau claire pailleté d’étoiles ! La femme tire la petite par le bras , l’arrache à l’étreinte . Personne ne bouge !Aliette se précipite à la porte , ils ont disparus , la rue est vide , seul Bobby le chien d’Artus musarde le nez au vent , décontenancée elle revient prendre le journal d’Antonin .Quelqu’un à la cantonade lance négligemment :

« On l’appelle Marie !Marie Soleil , sont allés la chercher à l’Assistance bof ! qu’voulez vous qu’on y fasse ! » un haussement d’épaule ,c’est tout !

Elle est toute retournée par cette lâcheté , elle croyait qu’ils étaient de braves gens , Aliette a de la peine et oublie la belle journée qu’elle s’était promise.

Le ciel n’est plus bleu tout d’un coup , des nuages le cachent.Elle sait qu’elle n’oubliera pas l’enfant tendre . Le regard d’eau claire pailleté d’étoiles est ancré dans son cœur .Qui es tu petite fille ? Tous les jours la jeune fille pense à la petite !

Les jours passent , les semaines , Aliette la cherche , interroge les gens autour d’elle . Personne ne peut ou ne veut la renseigner ,la mettre sur la voie de Marie Soleil , elle s’est évaporée telle la rosée du matin au soleil levant ; c’est comme si elle n’existait pas cette enfant aux yeux clairs !Aliette est artiste peintre elle revient à son atelier toujours préoccupée par la disparition de Marie ! Après les jours et les semaines les mois passent ; elle ne revoit pas l’enfant gracieuse

Tout en feuilletant ses carnets de croquis elle s’aperçoit que le visage enfantin aux yeux immenses , la silhouette fragile hantent les pages….inconsciemment l’Enfant est là .Elle garde précieusement ces esquisses . Le temps passe vite la renommée de la jeune femme se fait progressivement , elle est reconnue ,appréciée . Puis un jour elle participe à une Exposition dans une Galerie de choix . Le jour du vernissage on se presse devant ses toiles .Une est plus admirée que les autres . Elle est « Réservée » mais fait rêver les visiteurs…

« Une masse bouclée de cheveux bruns , un cou fragile , des yeux d’eau claire pailletés d’étoiles»

Un Nom ou plutôt un appel

Marie Soleil !

                             

 

                                                          

Jeanne Chanteplume

Illstrations Personnelles

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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