LE RÊVE d'OMBELLE

Le Rêve d’Ombelle

Chaque nuit de pleine lune , Ombelle fait le même rêve . Elle « rêve » qu’elle marche dans une allée cavalière large et très longue bordée de superbes chênes . Le sol est moussu , doux sous ses pas .

A droite et à gauche la forêt est dense . Dans ce « rêve » le ciel est d’un bleu intense . Des parfums d’orangers , de seringa lui parviennent , l’air est tiède !

Ombelle va pieds nus d’un pas léger , sans se presser sur la mousse humide .

Au bout de la longue allée se profile la silhouette d’un manoir…

Tout en cheminant , elle admire le vol léger de papillons multicolores , rencontre une chouette blanche rentrant de sa chasse nocturne .

Quelle n’est pas sa surprise en croisant un loup argenté , une chevrette d’or qui vont de concert ! .

Sur la branche basse d’un chêne monsieur Merle et sa Merlette tancent vertement leurs Merlots turbulents .

Une Pie en habit de cérémonie marche gravement à pas mesurés et distingués prés d’Ombelle. A la « queue leu leu » une famille de musaraignes trotte menus à la lisière de l’herbe sur le bas côté de l’allée .

« Falbalas » et « Franfreluche » Chat et Chatte de courtoisie la suivent de leur allure féline . Son chien Pyrame l’accompagne en chien bien élevé !

Tout en bavardant avec ses amis , elle arrive devant les parterres fleuris de cosmos , de pâquerettes aux abords du «  Manoir de l’Estoile »dont les balcons arrondis débordent de pensées mauves et jaunes , de myosotis ennuagés de gypsophile …..C’est un Manoir de Fantaisie !  

Elle emprunte une allée de graviers blanc qui la mène aux sept marches de l’entrée dont les vantaux s’ouvrent sur un immense vestibule dallé de noir et de blanc . Du seuil , elle embrasse du regard l’envolée du grand escalier de pierres blondes .Ombelle hésite un peu à entrer… «  j’y vais….j’y vais pas… » enfin elle se décide… « j’y vais » . Avec discrétion elle se hasarde à traverser le vestibule qui lui parait immense ; elle a l’impression de marcher sur un échiquier géant .

Au pied de l’escalier elle marque un temps d’arrêt , puis le gravit sans faire de bruit ; elle arrive ainsi sur le palier bordé de part et d’autre de balustres sculptés …Lui faisant face une porte ouverte à deux battants peints en blanc , l’invite à entrer .L’arôme des tilleuls en fleurs , le bourdonnement des abeilles envahissent la pièce par les fenêtres grandes ouvertes sur le moutonnement des cimes des arbres de la forêt .

Un longue table chargée de livres anciens , de parchemins , de plumes et de crayons en occupe le centre ,Ombelle ne voit qu’elle….

Son attention est attirée par une présence : le dos appuyé à l’une des trois fenêtres se tient une Dame vêtue d’une longue robe gris argent , ses longs cheveux blanc comme neige cascadent sur ses épaules en vagues souples .

Son visage à la douceur des pétales de roses lorsque celles-ci se fanent doucement , son sourire l’illumine de lumière . D’un geste gracieux elle convie Ombelle à entrer . Celle-ci salue son Hôtesse d’une révérence ; presque timidement elle s’approche de la table. Elle éprouve un sentiment de plénitude quand avec respect elle ose toucher les livres et les parchemins…. c’est comme si elle rentrait enfin chez elle après une trop longue absence !

Son regard croise celui de la Dame…elle plonge dans un océan de bonté .

Souriante celle-ci se présente : « on m’appelle Dame Anna ce qui au fil du temps s’est transformé en « Danna » , venez prés de moi Ombelle , étudions » . C’est toujours à cet instant précis que la jeune fille se réveille !

Régulièrement le « Rêve » la visite ; c’est presque un rendes-vous . Au début cela l’a intrigué , elle a fini par ne plus y penser ; tant et si bien que ce dernier s’est fait de plus en plus distant comme un ami qui s’éloigne pour ne pas déranger ceux qu’il visite quand il se sent importun .

Sur le moment Ombelle n’y a pas prêté attention , mais….quelque chose lui manque , elle ne sait pas trop quoi , c’est comme un vide ; elle se sent moins joyeuse , moins enthousiaste pour son travail de rééducatrice pour les enfants blessés , handicapés physique et souvent plus .

Hier Pierrick un de ses petits patients lui a dit d’un air inquiet :

-« Ombelle t’es « partie » ? t’es toute « éteinte » ! C’est à présent que les paroles de l’enfant font…tilt en elle !

Ce matin en se douchant elle y pense et se promet d’être plus attentive , elle est peut être un peu fatiguée…mais sait bien que c’est autre chose , mais quoi ?

Au fil des jours elle s’applique à retrouver son « allant » ; ça ne marche pas beaucoup . Certains de son entourage lui font la même remarque que Pierrick avec des mots bien moins poétiques :

« Q ’est ce que t’as , t’as mauvaise mine ». Cela commence à l’agacer .

L’enfant ne dit rien lui si bavard pendant les soins qu’elle lui prodigue , mais son regard en dit long . Si son corps est blessé , handicapé pour le moment son esprit ne l’est pas . Il s’intéresse à tout et aime particulièrement dessiner . Pierrick ronchonne parfois , lorsque l’on a sept ans ce n’est pas facile de rester immobile et la rééducation s’avère parfois douloureuse .

Il fulmine de temps en temps contre l’accident qui le paralyse , c’est bien long pour lui . Gentiment il présente ses excuses à Ombelle qui fond littéralement devant ce petit bonhomme qu’elle aime particulièrement .

Aujourd’hui , Pierrick l’accueille avec un grand sourire et lui donne une feuille de papier dessin enroulée : « Tu la regarderas chez toi Ombelle , tu promets ? » , elle promet . La journée se passe en soins en jeux et en confidences . Le soir en rentrant dans son minuscule logis , Ombelle déroule le papier dessin de Pierrick , à sa grande stupéfaction , elle reconnaît… l’allée cavalière , le manoir de son « Rêve » ; en lettres de couleurs l’enfant a écrit :

« Le Manoir de l’Estoile » ; chaque détail y est depuis les corbeilles fleuries de pensées jaunes et mauves , les cosmos aériens , les myosotis , le gypsophile en pointillés jusqu’aux sept marches du perron …ce n’est pas une coïncidence elle en est persuadée !

Cette nuit là le « Rêve » lui rend à nouveau visite à la différence que Pierrick marche prés d’elle en lui donnant la main dans l’allée cavalière .

Le lendemain la jeune femme arrive en avance au Centre de soins . Pierrick lui tend les bras et demande : 

« Y t’as plu mon dessin Ombelle ? »

« Oh oui , beaucoup , tu connais ce Manoir Pierrick ? »

« Bien sûr , c’est là que je vais en vacances chez Mamina et Grand-Pa ; tu y viendras , tu verras comme c’est beau et Mamina et Grand-Pa seront contents de te voir , je leur parle tout le temps de toi ; même qu’ils veulent te rencontrer .»… « Pourquoi pas ça me plairait bien » s’entend dire Ombelle !

L’état de santé du petit s’améliore rapidement ; tant et si bien les médecins lui accordent de rentrer chez lui pour quelques semaines qu’il va passer chez Mamina et Grand-pa . Il fait des tas de projets et sa joie atteint son comble quand il apprend que sa kiné préférée….Ombelle l’accompagne pendant ce séjour si elle le souhaite .

Cette dernière accepte sans hésiter la proposition, il n’est pas question d’interrompre les soins de Pierrick…puis elle pense à Pyrame son chien…

Pas de problème celui-ci sera du voyage et du séjour , ça c’est « la cerise sur le gâteau » comme on dit , elle se voyait mal se séparer de son compagnon .

Pierrick et Ombelle sont fins prêts lorsque le taxi vient les chercher au Centre . Après un petit détour par l’appartement de la jeune femme pour prendre Pyrame (ce dernier s’installe sagement aux pieds de l’enfant) ils prennent la route pour « Le Manoir de l’Estoile » !

Après une heure de trajet , la voiture quitte la nationale pour une route secondaire. Ce faisant ils laissent sur leur droite le village de Fonbonne pour ensuite prendre un chemin blanc aboutissant à une grande grille ouverte sur une allée cavalière…

A sa grande surprise Ombelle « reconnaît son Rêve »à la différence qu’elle la parcourt en taxi. Devant les parterres fleuris « qu’elle a déjà vu » un homme de taille moyenne les attend-« c’est Grand-Pa » précise Pierrick ! Sitôt la portière ouverte l’enfant rit de bonheur :

« Viens mon petit » , elle n’a pas le temps de dire ouf que déjà Grand-pa prend l’enfant dans ses bras et monte le perron avec lui .

Le chauffeur de taxi dépose les bagages sur le seuil du vestibule.

Ombelle au pieds des marches , son chien assis prés d’elle attend indécise , lorsque Grand-Pa réapparaît , descend à son avance tout en la saluant lui présente des excuses pour son accueil un peu cavalier…

- «  Vous comprenez mademoiselle , c’est le petit… » Oh oui elle comprend !

Il l’invite courtoisement à entrer .

En franchissant le seuil elle se revoit dans son « Rêve »…

Tout de suite l’amorce des escaliers l’attire…

Prise dans un flux de sensations elle s’aperçoit qu’elle ne s’est pas présentée , au même moment elle croise le regard de Grand-Pa , ils rient ensemble…lui non plus ne l’a pas fait ….l’une et l’autre réparent cet oubli…

-« Je suis Ombelle Béraldi » dit elle , et moi : « Arnaud Darsonval pour vous servir mademoiselle », du même pas ils gravissent les escaliers …

…Porte et fenêtres ouvertes la grande pièce est remplie de soleil , du bourdonnement des abeilles , de la fragrance des fleurs de tilleuls.

-« Viens Ombelle » l’interpelle Pierrick assis dans un fauteuil .

-« Entrez , je vous en prie » ainsi s’exprime Mamina , vêtue d’une longue robe gris perle , une écharpe négligemment posée sur ses épaules rejoint les vagues souples de ses cheveux blanc brillants dans le soleil ; le dos aux fenêtres elle se tient debout derrière une longue table chargée de livres et de papiers .

-« Soyez la bienvenue mademoiselle , Pierrick nous parle souvent de vous , c’est un plaisir de vous compter parmi nous . Excusez nous pour le désordre , mon mari et moi sommes passionnés par les vieux documents» dit elle en montrant d’un geste la table chargée de promesses ; elle reprend tout en invitant la jeune femme à s’asseoir :

- « Je suis Anna Darsonval , en ce moment nous étudions… »

Etudions…Ombelle ne retiens que ce mot comme dans le « Rêve » ; subitement elle se sent un peu bizarre , la tête lui tourne ,et à l’étrange impression de se dédoubler…il y a une autre Ombelle…non… Ombelline ? Etudions …étudions le mot résonne , tintinnabule puis c’est le silence !

Elle se ressaisit , se redresse accuse la chaleur de cet étourdissement .

Anna Darsonval voit bien que quelque chose ne va pas , caresse d’une main légère le front de leur invitée . Alors tout de go Ombelle raconte son « Rêve » sans oublier…Ombelline ! Attentifs ils écoutent . Un silence peuplé par le chant des oiseaux succède au « Rêve » de la narratrice . Anna sert une boisson fraîche , des fruits , chacun boit ou picore sans dire un mot ; Pierrick s’est endormi . Mamina prend la parole : « Ombelline ? dans mon enfance j’ai entendu ce prénom .Il y avait aussi celui d’Ombeleine et…le vôtre…Ombelle ! Je n’ai jamais su qui elles étaient , c’est troublant quand même… » -« Dans ma famille aussi on parle d’Elles , je ne sais pas pourquoi personne ne réponds à mes questions…ah !si une cousine de grand’mère me chantait :

La Ritournelle d’Ombelle la Mariée du Château d’l’Estoile .

 

« Au Château d’l’Estoile

Y’a Ombelline rob’de mouss’line,

Y’a Ombeleine rob’de dentelle

Et Ombelune

Qui filent la laine

Tissent blanche toile

Au clair de Lune

Pour les Noces d’Ombelle »

Anna chante avec son invitée

La Ritounelle d’Ombelle la Mariée du Château d’l’Estoile !

Le lendemain elle lui offre un Recueil de Poésies….

Ou tracée d’une belle plume se trouve cette même Ritournelle

Qui garde le secret des  « Ombellales…. »

  

 

La Ritournelle d’Ombelle

La Mariée du Château d’l’Estoile.

Au château d ’l’ Estoile

Ya Ombelline , rob’de mouss’line

Y a Ombeleine , robe de dentelle

Et Ombelune

Qui filent le laine

Tissent blanche toile

Au clair de lune

Pour les Noces d’Ombelle  !

 

 

Ombelline Baraldi

 

 

 

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